Conflit fémoro-acétabulaire
de la hanche

Une douleur de l'aine qui gêne dès qu'on s'assoit longtemps, qu'on conduit ou qu'on force au sport : chez le sujet jeune, ce tableau évoque souvent un conflit fémoro-acétabulaire. Une pathologie encore méconnue, mais bien identifiable, dont la prise en charge précoce protège l'articulation.

Conflit fémoro-acétabulaire de la hanche — consultation à l'UOA Bordeaux

À l’Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, les pathologies de la hanche ne concernent pas uniquement les patients âgés souffrant d’arthrose. Nous recevons également de nombreux adultes jeunes, souvent sportifs, qui présentent des douleurs de l’aine parfois difficiles à expliquer et évoluant depuis plusieurs mois. Parmi les causes fréquentes, mais encore méconnues, figure le conflit fémoro-acétabulaire. Lorsqu’il est diagnostiqué précocement, sa prise en charge repose le plus souvent sur un traitement non chirurgical adapté, avec pour objectif de soulager les symptômes, de permettre la reprise des activités et de préserver l’articulation à long terme.

Comprendre le conflit fémoro-acétabulaire

La hanche est une articulation sphérique : la tête du fémur (la boule) s'emboîte dans le cotyle (la cavité du bassin, aussi appelée acétabulum). Ce système permet des mouvements amples dans toutes les directions. Le pourtour du cotyle est bordé d'un anneau de fibrocartilage, le labrum (ou bourrelet), qui améliore la stabilité et l'étanchéité de l'articulation.

On parle de conflit fémoro-acétabulaire lorsqu'un excès osseux, sur le fémur ou sur le cotyle, provoque un frottement anormal entre ces deux surfaces lors de certains mouvements, en particulier la flexion et la rotation interne de la hanche. Répété des milliers de fois, ce contact anormal peut léser le labrum puis le cartilage.

Trois formes à distinguer

  • Le conflit de type « cam » : un excès osseux à la jonction entre la tête et le col du fémur, qui vient buter contre le cotyle. Il touche plus volontiers l'homme jeune et sportif.
  • Le conflit de type « pince » : une couverture osseuse excessive du cotyle, qui pince le col du fémur. Il concerne plus souvent la femme.
  • Les formes mixtes : la combinaison des deux, qui représentent la majorité des cas rencontrés en consultation.

Il faut souligner un point important : une anomalie osseuse visible à l'imagerie n'entraîne pas systématiquement de douleur. Des études d'imagerie retrouvent des morphologies de type cam chez une proportion notable de sujets asymptomatiques, parfois jusqu'à 20 à 25 % de certaines populations sportives. Ce qui compte, c'est l'association d'une anomalie morphologique, de symptômes et de signes cliniques concordants.

Quels symptômes doivent alerter ?

Le maître symptôme est une douleur de l'aine, parfois décrite par un geste caractéristique : le patient entoure sa hanche avec le pouce et l'index en formant un « C ». Cette douleur présente des déclencheurs assez typiques :

  • La position assise prolongée, la conduite, les longs trajets ;
  • L'accroupissement, le fait de monter des marches ou de sortir d'une voiture ;
  • Les gestes sportifs répétés : football, rugby, danse, arts martiaux, hockey, sports de pivot en général ;
  • Parfois des sensations d'accrochage, de blocage ou de ressaut.

Ces douleurs apparaissent le plus souvent chez l'adulte jeune, typiquement entre 20 et 40 ans. Elles s'installent progressivement et sont fréquemment banalisées ou attribuées à une simple tendinite ou à une « douleur des adducteurs », ce qui retarde le diagnostic de plusieurs mois.

Pourquoi ne pas laisser traîner ?

Un conflit symptomatique et négligé sollicite en permanence le labrum et le cartilage de la zone de frottement. Avec le temps, cela peut favoriser des lésions du labrum puis une usure cartilagineuse, c'est-à-dire une coxarthrose précoce. C'est l'un des arguments qui justifient de prendre au sérieux une douleur de hanche persistante chez un sujet jeune.

Pour autant, il faut rester nuancé et honnête : l'évolution est variable d'un patient à l'autre. Tout conflit ne dégénère pas en arthrose, et la décision de traiter, y compris chirurgicalement, ne se prend jamais sur la seule image radiographique. Elle repose sur la gêne réelle, l'âge, le niveau d'activité et le projet du patient.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Le diagnostic est d'abord clinique. L'examen recherche une limitation et une douleur lors de la flexion associée à la rotation interne de la hanche : c'est le test de conflit, qui reproduit la douleur habituelle du patient. Cet examen guide ensuite les explorations complémentaires :

  1. Radiographies du bassin et de la hanche : elles mesurent les anomalies osseuses (type cam, type pincer) et recherchent des signes d'arthrose débutante.
  2. IRM ou arthro-IRM : elle analyse finement le labrum et le cartilage, à la recherche d'une lésion.
  3. Scanner ou arthro-scanner : parfois utile pour préciser la morphologie osseuse en trois dimensions avant une chirurgie.
  4. Infiltration test intra-articulaire : en cas de doute, un soulagement transitoire après infiltration confirme que la douleur vient bien de l'articulation.

Le traitement : d'abord médical

À l'UOA Bordeaux Nord, notre principe est constant : commencer par le traitement le moins invasif quand c'est raisonnable. Dans le conflit fémoro-acétabulaire, la première intention est médicale et fonctionnelle :

  • Adaptation des activités : réduire temporairement les gestes déclenchants, ajuster la pratique sportive plutôt que l'arrêter totalement.
  • Kinésithérapie ciblée : renforcement des muscles fessiers et stabilisateurs du bassin, travail de la mobilité et du contrôle moteur, correction des postures sportives.
  • Antalgiques et anti-inflammatoires, sur des périodes limitées.
  • Infiltration dans certains cas, à visée antalgique.

Ce traitement, mené de façon rigoureuse pendant 3 à 6 mois, soulage une part importante des patients et leur permet de reprendre leurs activités. C'est seulement en cas d'échec, chez un patient jeune, actif et réellement gêné, que la question d'une chirurgie se pose.

L'arthroscopie de hanche, quand elle est indiquée

Lorsque le traitement médical bien conduit ne suffit pas, l'arthroscopie de hanche peut être proposée. Il s'agit d'une chirurgie mini-invasive : par de petites incisions, à l'aide d'une caméra et d'instruments fins, le chirurgien corrige l'excès osseux responsable du conflit (on parle de fémoroplastie ou d'acétabuloplastie) et répare ou régularise le labrum abîmé. 

La récupération est ensuite progressive et encadrée par la kinésithérapie. À titre indicatif, la marche est reprise rapidement, les activités sportives sans impact vers 6 à 8 semaines, et les sports pivot ou de contact plus tardivement, souvent vers 3 à 4 mois. Ces délais restent des ordres de grandeur : ils varient selon le geste réalisé et selon chaque patient, et c'est votre chirurgien qui fixera le calendrier adapté à votre situation.

Nous restons toujours prudents sur la notion de résultat : l'arthroscopie donne de bons résultats sur la douleur et la fonction chez des patients bien sélectionnés, surtout lorsque le cartilage est encore préservé, mais elle ne garantit pas un retour identique pour tous. C'est précisément le rôle de la consultation que d'évaluer, au cas par cas, le bénéfice attendu.

Ce qu'il faut retenir

  • Le conflit fémoro-acétabulaire est une cause fréquente de douleur de l'aine chez l'adulte jeune et sportif, souvent entre 20 et 40 ans.
  • La douleur est déclenchée par la position assise prolongée, l'accroupissement et les gestes sportifs de pivot.
  • Négligé, il peut abîmer le labrum et le cartilage et contribuer à une arthrose précoce, mais l'évolution reste variable d'un patient à l'autre.
  • Le diagnostic associe examen clinique et imagerie (radiographies, IRM ou arthro-IRM).
  • Le traitement est d'abord médical (kinésithérapie sur 3 à 6 mois) ; l'arthroscopie n'est envisagée qu'en cas d'échec chez un patient jeune et gêné.
  • À l'UOA Bordeaux, les Dr Arthur Séguineau et Matthieu Garcia prennent en charge les pathologies de la hanche, en Nouvelle-Aquitaine.
N° 03
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