Prothèse d'épaule,
quand l'envisager ?

Une épaule usée n'impose pas systématiquement une prothèse. La décision se construit dans le temps, à partir de la gêne réelle du patient et de l'échec du traitement médical — bien plus que de la seule image radiologique. Voici comment se pose, concrètement, cette indication.

Prothèse d'épaule et omarthrose — consultation du Dr Pierre Lavignac à l'UOA Bordeaux Nord

À l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, la question revient souvent en consultation : « Docteur, mon épaule est très abîmée sur la radio, faut-il poser une prothèse ? ». Ma réponse est presque toujours la même : la radiographie n'est qu'un élément du puzzle. La pose d'une prothèse d'épaule ne se décide ni sur une image, ni dans l'urgence, mais après avoir éprouvé toutes les solutions plus simples. Deux principes guident cette décision : l'absence de corrélation radioclinique et l'échec préalable du traitement médical.

Pourquoi pose-t-on une prothèse d'épaule ?

Les deux grandes indications sont l'omarthrose (l'arthrose de l'épaule, c'est-à-dire l'usure du cartilage de l'articulation) et les ruptures massives et irréparables de la coiffe des rotateurs, qui entraînent à terme une usure particulière dite « omarthrose excentrée ». L'omarthrose touche environ 3 % de la population générale et sa fréquence augmente nettement après 60 ans.

Plus rarement, une prothèse est indiquée après une fracture complexe de l'extrémité supérieure de l'humérus, ou en cas de nécrose de la tête humérale. Dans tous les cas, l'objectif est double : supprimer la douleur — c'est le bénéfice le plus constant et le plus rapide — et restaurer une mobilité utile pour les gestes du quotidien.

Premier principe : l'absence de corrélation radioclinique

C'est sans doute le point le plus mal compris par les patients, et pourtant le plus important. Une radiographie très abîmée ne signifie pas forcément une épaule très douloureuse, et inversement. On rencontre régulièrement des patients dont les clichés montrent une arthrose impressionnante mais qui vivent presque normalement, et d'autres dont l'usure paraît modérée mais qui souffrent énormément.

Cette absence de corrélation radioclinique a une conséquence directe : on n'opère pas une radiographie, on traite un patient. La décision repose donc sur un faisceau d'arguments :

L'imagerie — radiographies, scanner, parfois IRM — vient confirmer le mécanisme et préparer l'intervention (qualité de l'os, état de la coiffe), mais elle ne décide jamais seule. À l'UOA Bordeaux Nord, la consultation prend le temps de confronter ce que dit l'épaule et ce que montre l'image.

Deuxième principe : l'échec du traitement médical

Une prothèse d'épaule n'est jamais un premier traitement. Avant d'en arriver là, un traitement médical bien conduit doit avoir été essayé et avoir échoué, généralement sur une période de 3 à 6 mois. Ce traitement comprend :

Ce n'est que lorsque ces mesures ne suffisent plus à offrir une qualité de vie acceptable que la prothèse devient une option raisonnable. La chirurgie n'est alors plus un échec, mais une étape logique pour un patient qui a réellement épuisé les solutions plus simples.

Prothèse anatomique ou inversée : deux logiques différentes

Toutes les prothèses d'épaule ne se ressemblent pas. Le choix dépend essentiellement de l'état de la coiffe des rotateurs :

Ce choix est planifié avant l'intervention grâce au scanner, parfois avec une planification numérique, pour adapter la prothèse à chaque morphologie. C'est l'un des grands progrès de la chirurgie prothétique de l'épaule de ces vingt dernières années.

Comment se déroule l'intervention et la récupération ?

La pose d'une prothèse d'épaule se réalise sous anesthésie générale, souvent associée à une anesthésie loco-régionale qui prolonge le confort post-opératoire. Dans plus de 95 % des cas, l'intervention est réalisée en ambulatoire au Centre CAPNOVA de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Une hospitalisation avec surveillance la première nuit reste possible si nécessaire, en fonction des comorbidités et de l'état général du patient ; l'évaluation pré-opératoire détermine la formule la plus sûre.

Les grandes étapes de la récupération :

  1. Immobilisation par une simple attelle antalgique pendant quelques jours seulement, le temps de passer les premières douleurs ;
  2. Rééducation débutée d'emblée, dès le lendemain de l'intervention, d'abord en mobilisation douce puis en renforcement progressif ;
  3. Soulagement de la douleur souvent rapide, dès les premières semaines — c'est le bénéfice le plus constant ;
  4. Récupération fonctionnelle de la mobilité et de la force qui s'apprécie principalement à 3 mois, le résultat continuant de progresser et pouvant s'apprécier jusqu'à un an.

Les résultats sont aujourd'hui très satisfaisants : plus de 90 % des patients sont soulagés de leur douleur, et la survie des prothèses modernes atteint environ 90 % à 10 ans, beaucoup tenant 15 à 20 ans. Comme toute chirurgie, elle comporte néanmoins des risques (infection, descellement, raideur) qui sont expliqués en détail lors de la consultation à l'UOA Bordeaux Nord.

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N° 03
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