Rupture du LCA,
opérer ou pas ?

Un mauvais appui au foot, une chute à ski, un changement de direction trop brusque au basket. Un craquement, un genou qui « lâche », un gonflement qui s'installe dans la journée. La rupture du ligament croisé antérieur est l'une des blessures sportives les plus fréquentes — et celle qui pose le plus de questions.

Chirurgie ligamentaire du genou — UOA Bordeaux

À l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, la rupture du ligament croisé antérieur fait partie des motifs de consultation les plus fréquents — chez les sportifs amateurs comme chez les compétiteurs. La question revient toujours : faut-il opérer ? La réponse n'est pas binaire. Elle dépend de qui vous êtes, de ce que vous voulez refaire avec votre genou, et de ce que l'IRM va nous apprendre des lésions associées. Mais n'oubliez jamais que la décision finale appartient au patient : c'est une pathologie fonctionnelle, fonction de sa demande, et c'est le patient qui s'investit le plus en post-opératoire. Si le résultat final dépend d'une prise en charge multidisciplinaire, le patient reste l'acteur central.

Le LCA en quelques mots

Le ligament croisé antérieur est l'un des quatre ligaments principaux qui stabilisent le genou. Il empêche le tibia d'avancer sous le fémur et limite la rotation du genou. Quand il se rompt, le genou perd son stabilisateur sagittal et rotatoire principal. Conséquence : à chaque changement de direction, le genou peut « partir » — c'est le phénomène d'instabilité, le symptôme décrit par le patient et qui peut conduire à une consultation.

La rupture survient le plus souvent sans contact direct sur le genou : changement d'appui, atterrissage de saut, blocage du pied au sol avec rotation du corps. Le mécanisme typique est un mouvement de flexion-valgus-rotation. Le craquement initial est souvent ressenti, suivi d'un gonflement rapide (hémarthrose) dans les heures qui suivent, avec douleur et impotence fonctionnelle.

Que se passe-t-il dans les jours qui suivent ?

Dans les 48 à 72 heures :

L'examen clinique précoce est délicat à cause de la douleur. Un nouveau bilan à distance (2 à 3 semaines) permet d'évaluer plus finement les laxités. L'IRM confirme la rupture et — surtout — recherche les lésions associées : ménisques, cartilage, autres ligaments. Ces lésions associées vont peser lourd dans la décision.

Opérer ou pas : les vrais critères

Une rupture isolée du LCA, chez un patient à l'activité sédentaire ou peu sportive, peut très bien évoluer sans chirurgie. Voici les critères qui orientent la décision :

L'âge — mais pas dans le sens qu'on croit

L'âge n'est pas un critère d'exclusion. On opère des patients de 14 à 60 ans (et plus, dans certains cas). Ce qui compte, c'est l'activité et les attentes, plus que la date de naissance. Un patient de 55 ans qui veut continuer le ski alpin sera plus volontiers opéré qu'un jeune sédentaire qui ne pratique pas de sport pivot.

Les sports pratiqués

C'est le critère central. On distingue :

L'instabilité ressentie au quotidien

Certains patients vivent normalement avec un LCA rompu, sans aucune sensation d'instabilité, parce que leurs muscles compensent bien. D'autres ressentent un « lâcher » dans les escaliers, en marche rapide, ou même en marchant simplement sur un sol irrégulier. Cette instabilité quotidienne est une indication chirurgicale en elle-même, indépendamment du sport pratiqué. Elle se juge après échec du traitement conservateur bien conduit (rééducation sérieuse).

Les lésions associées

C'est le critère le plus important après l'instabilité. Une rupture du LCA accompagnée d'une lésion méniscale réparable doit être opérée, pour profiter du même temps opératoire pour suturer le ménisque. Préserver un ménisque, c'est préserver l'avenir du cartilage et retarder l'arthrose.

La profession

Travail manuel exigeant, métiers debout avec déplacements fréquents, professions sportives (kiné, professeur de sport, militaire) : la stabilité du genou devient un enjeu professionnel. La décision se prend alors souvent dans le sens de la ligamentoplastie.

Comment se passe la ligamentoplastie ?

À l'UOA Bordeaux, la ligamentoplastie du LCA se réalise sous arthroscopie, au Centre Ambulatoire CAPNOVA :

L'hospitalisation se fait en ambulatoire. La marche reprend dès la sortie du bloc, avec le passage dédié d'un kinésithérapeute spécialisé, et des cannes anglaises pendant 3 semaines.

La rééducation : le vrai défi

Une ligamentoplastie réussie nécessite une rééducation efficace. Le kinésithérapeute est un acteur central. Cette spécialité a connu de grandes avancées récentes sur la prise en charge du genou sportif ; en France, nous avons la chance de bénéficier d'excellents kinésithérapeutes.

L'auto-rééducation et l'investissement du patient seront fondamentaux, notamment dans la période postopératoire immédiate. Le programme se déroule sur 6 à 9 mois, structuré en phases :

  1. Phase 1 — récupération (J0 à S6) : extension complète, marche normale, travail de la flexion progressive, lutte contre l'œdème.
  2. Phase 2 — renforcement (M2 à M4) : reprise du vélo, renforcement musculaire ciblé, proprioception.
  3. Phase 3 — course en ligne (M4 à M6) : reprise de la course à pied progressive, exercices pliométriques.
  4. Phase 4 — réathlétisation (M6 à M9) : travail spécifique au sport, retour aux changements de direction, tests fonctionnels avant retour au terrain.

La reprise des sports pivot-contact ne se discute qu'à partir de 8 à 12 mois, après évaluation par tests fonctionnels (sauts, isocinétisme). Une reprise trop précoce expose à un risque élevé de re-rupture — pour le sport, on ne triche pas avec le calendrier.

Et la prévention de la rupture controlatérale ?

Le risque de rupture du LCA du genou opposé n'est pas anecdotique : 5 à 10 % à 5 ans chez les jeunes sportifs. La prévention passe par :

Ce qu'il faut retenir

Référence scientifique

Cet article s'appuie sur la technique chirurgicale publiée par notre équipe : Noailles T, Toanen C, Geffroy L, Lopes R, Hardy A. Anterior Cruciate Ligament and Anterolateral Ligament Reconstruction With Pedicular Hamstrings Tendon Graft, Single-Strand Gracilis for ALL and Single Blind Femoral Tunnel, Arthroscopy Techniques. Télécharger l'article source (PDF).

N° 03
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