Le PRP,
pour qui, pour quoi ?
Tendinopathie qui traîne malgré la rééducation, arthrose de genou débutante : le plasma riche en plaquettes revient souvent dans les discussions. Une piste séduisante, mais qui mérite d'être remise à sa juste place, entre espoir raisonnable et prudence scientifique.
En consultation de médecine du sport, à l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, le PRP fait partie des questions les plus fréquentes. Les patients en ont entendu parler par un sportif de haut niveau, un proche, ou en cherchant une alternative à la chirurgie. Mon rôle est d'expliquer honnêtement ce que cette technique peut apporter, ce qu'elle ne peut pas promettre, et à quel moment elle a réellement sa place dans un parcours de soin.
Qu'est-ce que le PRP, concrètement ?
Le PRP, ou plasma riche en plaquettes, repose sur un principe simple : utiliser les capacités de réparation du sang du patient lui-même. On réalise une prise de sang, puis l'échantillon est passé dans une centrifugeuse afin de séparer ses composants et de concentrer les plaquettes. Ces cellules, connues pour leur rôle dans la coagulation, libèrent aussi des facteurs de croissance impliqués dans la cicatrisation des tissus.
Le concentré obtenu est en moyenne 3 à 5 fois plus riche en plaquettes que le sang circulant normal. Il est réinjecté, souvent sous contrôle échographique, directement dans la zone lésée : un tendon, une enthèse ou une articulation. L'idée est de stimuler localement les mécanismes naturels de réparation, sans apport de produit chimique étranger à l'organisme.
Pour quelles situations le PRP est-il envisagé ?
Le PRP n'est pas un traitement universel. Les indications les plus documentées concernent deux grandes familles de problèmes.
Les tendinopathies chroniques
Ce sont les situations où un tendon souffre depuis des mois malgré une prise en charge bien conduite. On pense notamment à la tendinopathie du tendon d'Achille, à l'épicondylite (le fameux « tennis elbow ») ou à la tendinopathie rotulienne du sportif. Le PRP est alors discuté après échec d'un traitement de première intention associant repos relatif, adaptation de l'activité et surtout rééducation ciblée sur plusieurs semaines.
L'arthrose débutante
Dans l'arthrose du genou à un stade débutant à modéré, le PRP est parfois proposé pour soulager la douleur et améliorer la fonction, en alternative ou en complément d'autres infiltrations. Là encore, il s'agit d'une option parmi d'autres, à replacer dans une stratégie globale qui inclut l'activité physique adaptée et la gestion du poids.
À l'inverse, le PRP n'a pas sa place dans une arthrose évoluée avec pincement articulaire majeur, ni comme substitut à une chirurgie clairement indiquée. C'est précisément le rôle de la consultation que de faire ce tri.
Que dit la science ? Un niveau de preuve variable
Il faut être clair et déontologique sur ce point : le niveau de preuve du PRP varie selon les indications, et la littérature scientifique reste contrastée. Certaines études rapportent un bénéfice réel sur la douleur, avec des taux de réponse de l'ordre de 40 à 60 % dans l'arthrose débutante du genou ou dans certaines tendinopathies. D'autres travaux, tout aussi sérieux, ne retrouvent pas de supériorité nette par rapport à un placebo.
Plusieurs raisons expliquent ces divergences : les protocoles de préparation ne sont pas standardisés, les concentrations de plaquettes diffèrent d'un dispositif à l'autre, et les populations étudiées ne sont pas comparables. Autrement dit, tous les PRP ne se valent pas, et la réponse reste variable d'un patient à l'autre. C'est pourquoi je répète toujours la même chose en consultation : le PRP n'offre aucune garantie de résultat, et l'avis de votre médecin ou de votre chirurgien reste indispensable pour juger de sa pertinence dans votre cas précis.
Comment se déroule une injection ?
- La prise de sang : quelques millilitres prélevés au pli du coude, comme un bilan classique.
- La centrifugation : réalisée sur place, elle dure quelques minutes et permet d'isoler le plasma riche en plaquettes.
- L'injection : le concentré est réinjecté dans la zone cible, le plus souvent sous guidage échographique pour une précision maximale.
- Les suites : elles dépendent beaucoup du site injecté (voir ci-dessous).
Le vécu de l'injection n'est pas le même selon la cible visée. Pour une infiltration intra-articulaire (dans l'arthrose, par exemple du genou), le geste est généralement peu douloureux ; le patient présente parfois des douleurs dans les 24 à 72 heures qui suivent, le temps que la réaction s'atténue. Pour une injection intra-tendineuse, c'est très différent : le geste est nettement plus douloureux car il est couplé à un needling tendineux (de fines perforations du tendon destinées à relancer la cicatrisation). Les douleurs peuvent alors être intenses et persister 1 à 3 semaines après le geste. Il est important d'en être informé à l'avance pour organiser sa période de récupération.
Selon l'indication, on prévoit généralement 1 à 2 injections selon les cas, espacées de 2 à 4 semaines. Le bénéfice éventuel s'évalue à distance, souvent vers 3 à 6 mois. Si aucune amélioration n'apparaît, il n'y a pas d'intérêt à multiplier les gestes.
Un point à ne pas négliger : le coût
Le PRP n'est pas remboursé par l'Assurance maladie, et rarement par les mutuelles. Le coût, situé autour de 200 euros par injection, reste à la charge du patient. Ce paramètre financier doit être abordé franchement avant toute décision, au même titre que les bénéfices attendus et les limites du traitement. Un traitement non remboursé n'est pas forcément un mauvais choix, mais il impose une information honnête.
La place du PRP dans le parcours de soin
Le PRP doit être compris comme une option non chirurgicale parmi d'autres, et non comme une solution miracle. Dans la grande majorité des tendinopathies, la rééducation reste le socle du traitement : le PRP ne la remplace jamais, il vient éventuellement la compléter quand elle plafonne. C'est souvent l'association du geste et d'un programme de renforcement adapté qui donne les meilleures chances de résultat.
À l'UOA Bordeaux Nord, l'intérêt d'une prise en charge en médecine du sport est justement de pouvoir situer le PRP dans une stratégie cohérente : poser un diagnostic précis, épuiser d'abord les traitements de première intention, et, si le PRP est retenu, l'articuler avec la rééducation et le suivi. En cas de pathologie relevant de la chirurgie, l'échange direct avec les chirurgiens de l'unité permet d'orienter le patient vers la solution la plus adaptée, qu'elle soit conservatrice ou opératoire. Cette prise en charge s'adresse aux patients de Bordeaux, Bruges, Le Bouscat, Mérignac et plus largement de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine.
Ce qu'il faut retenir
- Le PRP utilise les plaquettes du patient lui-même, concentrées 3 à 5 fois, pour stimuler la réparation locale.
- Ses indications principales sont les tendinopathies chroniques et l'arthrose débutante, après échec des traitements de première intention.
- Le niveau de preuve est variable : des taux de réponse de 40 à 60 % dans certaines études, mais aucune garantie de résultat.
- Le geste intra-articulaire est peu douloureux (gêne possible 24 à 72 h) ; le geste intra-tendineux, couplé à un needling, est très douloureux et peut faire souffrir 1 à 3 semaines.
- Le traitement n'est pas remboursé (autour de 200 € par injection) et suppose 1 à 2 séances, évaluées à 3 à 6 mois.
Une douleur qui traîne
mérite un avis spécialisé.
Consultation de médecine du sport avec le Dr Justine Michon, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.