Reprise du LCA,
chirurgiens et kinés ensemble
La réussite d'une ligamentoplastie du ligament croisé antérieur ne s'arrête pas à la sortie du bloc opératoire. Notre nouvelle publication s'intéresse à la récupération du quadriceps dans les premières semaines après une reprise de LCA avec greffe de droit fémoral, un travail construit avec les kinésithérapeutes.
La réussite d'une ligamentoplastie du ligament croisé antérieur (LCA) ne s'arrête pas à la sortie du bloc opératoire. Elle se construit aussi, et surtout, dans les semaines qui suivent, au cabinet du kinésithérapeute. C'est ce lien entre chirurgie et rééducation que nous avons voulu explorer dans une nouvelle publication de l'équipe genou de l'Unité Ostéo-Articulaire (UOA) de Bordeaux, parue en octobre 2026 dans le Journal of Orthopaedics. Elle porte sur la récupération neuromusculaire précoce après une reprise de ligamentoplastie utilisant une greffe prélevée sur le tendon du droit fémoral (rectus femoris).
Le quadriceps, grand enjeu des premières semaines
Après une blessure ou une chirurgie du genou, beaucoup de patients constatent qu'ils n'arrivent plus à contracter correctement la cuisse. Ce n'est ni de la paresse ni un manque de volonté : il s'agit le plus souvent d'une inhibition musculaire arthrogénique, souvent abrégée AMI (pour arthrogenic muscle inhibition).
Concrètement, l'articulation lésée ou opérée envoie au système nerveux des signaux (douleur, gonflement, perturbation des récepteurs articulaires) qui freinent par réflexe la commande du quadriceps. Le muscle est intact, mais il répond mal. Le patient a du mal à verrouiller le genou en extension, à décoller la jambe tendue du lit ou à retrouver une marche fluide.
Cet enjeu est central pour la rééducation. Tant que le quadriceps reste inhibé, le renforcement est moins efficace et des compensations peuvent s'installer. Lever cette inhibition fait donc partie des tout premiers objectifs du kinésithérapeute après l'intervention.
Reprise de ligamentoplastie : le choix du greffon
Une reprise (ou révision) de ligamentoplastie est une nouvelle intervention, réalisée lorsque la première reconstruction du LCA est un échec : nouvelle rupture, instabilité persistante, problème de position ou de fixation de la greffe. Ces situations sont plus complexes qu'une première reconstruction, et le choix du greffon y est souvent plus contraint, parce que certains tendons ont déjà été utilisés lors de la première opération.
Plusieurs sites d'autogreffe existent, dont les tendons des ischio-jambiers, le ligament patellaire ou le tendon quadricipital. Le prélèvement sur le tendon du droit fémoral, l'un des quatre chefs du quadriceps, fait partie des options récentes. Il était donc légitime de se demander comment le quadriceps récupère, dans les premières semaines, lorsque la greffe est prélevée à ce niveau.
Ce que nous avons étudié
L'étude a porté sur 50 patients, évalués 3 semaines après l'intervention. Deux groupes ont été comparés : des patients opérés d'une reprise de ligamentoplastie avec une greffe de droit fémoral, et un groupe comparatif opéré avec une greffe des ischio-jambiers dans le cadre d'une première reconstruction.
L'objectif était d'évaluer l'impact de cette technique chirurgicale sur la récupération du quadriceps, en particulier sur l'inhibition musculaire arthrogénique. L'activation du muscle a également été étudiée en électromyographie (EMG), un examen qui enregistre l'activité électrique du muscle lorsqu'il se contracte. La morbidité postopératoire précoce, c'est-à-dire les suites et complications des premières semaines, faisait aussi partie des éléments analysés.
Les résultats à 3 semaines
Trois éléments ressortent de ce travail :
- 28 % des patients opérés avec une greffe de droit fémoral ne présentaient aucune inhibition musculaire, contre 0 % dans le groupe ischio-jambiers.
- Une tendance à une meilleure activation du quadriceps était observée en électromyographie.
- Aucune augmentation significative de la morbidité postopératoire précoce n'a été retrouvée.
Autrement dit, dans cette série, le prélèvement sur le tendon du droit fémoral ou rectus femoris ne semble pas avoir freiné le réveil du quadriceps dans les premières semaines. Pour plus d'un patient sur quatre de ce groupe, aucune inhibition n'était retrouvée à 3 semaines.
Des résultats à lire avec prudence
Ces résultats restent exploratoires. Les deux groupes comparés ne sont pas équivalents : d'un côté des reprises chirurgicales, de l'autre des premières reconstructions. Ces patients n'ont pas le même parcours, ce qui limite toute conclusion sur la supériorité d'une greffe sur l'autre.
L'effectif de 50 patients et l'évaluation à un délai précoce ne permettent pas non plus de préjuger des résultats à plus long terme, notamment sur la stabilité du genou ou le retour au sport. Il s'agit d'un signal intéressant, qui appelle des travaux complémentaires, et non d'une recommandation à généraliser.
La publication est accessible via son identifiant DOI : Early Neuromuscular Recovery After Rectus Femoris Tendon Harvest for Revision Anterior Cruciate Ligament Reconstruction, Journal of Orthopaedics, octobre 2026.
Chirurgiens et kinésithérapeutes : une recherche à quatre mains
Au-delà des chiffres, cette publication illustre une conviction de notre équipe : la recherche clinique doit être collaborative. Le chirurgien apporte son expertise technique, du choix de la greffe au geste opératoire. Le kinésithérapeute apporte son expertise fonctionnelle, son évaluation neuromusculaire et sa connaissance quotidienne de la récupération du patient.
L'inhibition du quadriceps en est un bon exemple. C'est en rééducation, séance après séance, qu'elle se repère et se travaille. La participation des kinésithérapeutes à nos protocoles de suivi et à l'évaluation des patients est au cœur de ce type d'étude. C'est en croisant nos regards, nos compétences et nos données que nous pouvons faire progresser nos pratiques.
Nous remercions chaleureusement tous les kinésithérapeutes qui participent à ces protocoles et à cette dynamique de recherche commune avec l'équipe genou de l'UOA, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.
Ce que cela change pour vous, patient
Si vous êtes concerné par une rupture du LCA, ou par une nouvelle rupture après une première ligamentoplastie, quelques repères peuvent vous aider. Le choix de la greffe se discute au cas par cas en consultation, en fonction de l'intervention précédente, de l'état du genou, de votre activité et de vos objectifs. Il n'existe pas de greffe idéale pour tout le monde. Pour comprendre comment se prend la décision initiale, vous pouvez consulter notre article Rupture du ligament croisé antérieur : opérer ou pas ?
Dans les premières semaines après l'opération, la priorité de la rééducation est de retrouver une contraction efficace du quadriceps et une extension complète du genou. Si vous avez l'impression que votre cuisse ne répond pas, signalez-le à votre kinésithérapeute et à votre chirurgien : c'est un phénomène fréquent, qui se travaille.
Enfin, la communication entre chirurgien et kinésithérapeute est un vrai atout. Transmettez dès la première séance le compte rendu opératoire et les consignes de rééducation. La suite du parcours, jusqu'au retour sur le terrain, est détaillée dans notre article sur la reprise du sport après ligamentoplastie du LCA. Vous trouverez aussi l'ensemble de notre activité ligamentaire sur la page chirurgie du genou.
Ce qu'il faut retenir
- L'inhibition musculaire arthrogénique freine la contraction du quadriceps après une chirurgie du genou ; la lever est un objectif précoce de la rééducation.
- Dans notre étude sur 50 patients, à 3 semaines, 28 % des patients du groupe droit fémoral ne présentaient aucune inhibition, contre 0 % dans le groupe ischio-jambiers.
- Aucune augmentation significative de la morbidité précoce n'a été retrouvée avec ce prélèvement.
- Ces résultats sont exploratoires, les groupes comparés étant différents (reprises contre premières reconstructions).
- La récupération après ligamentoplastie se construit à deux : chirurgien et kinésithérapeute, au service du patient.
Votre genou mérite
un avis spécialisé.
Consultation avec l'un de nos chirurgiens du genou, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.
Sources et suivi éditorial
Auteur de l’article : Dr Thibaut Noailles.
Mise à jour éditoriale : .
Ces informations ne remplacent pas une consultation médicale. Les indications et les suites de soins dépendent de votre situation.
En cas d’urgence médicale ou de traumatisme grave, appelez le 15 ou le 112. Repères pour les urgences.
Pour compléter votre information
Source consultée le 25 octobre 2026. Cette référence éclaire le sujet ; elle ne constitue pas une validation médicale de l’ensemble de cette page.