Syndrome du canal carpien,
symptômes et traitement
Des fourmillements qui réveillent la nuit, des doigts engourdis au volant ou au téléphone, des objets qui échappent : le syndrome du canal carpien est l'une des affections de la main les plus fréquentes. Bien identifié, il se traite efficacement — d'autant mieux qu'on s'en occupe tôt.
À l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, le syndrome du canal carpien fait partie des motifs de consultation les plus courants en chirurgie de la main. Il s'agit d'une compression d'un nerf au poignet, fréquente, bénigne, mais qui peut devenir invalidante si on la laisse évoluer. La bonne nouvelle : c'est une affection que l'on sait bien diagnostiquer et bien traiter, du simple port d'attelle jusqu'à une intervention rapide et fiable quand elle devient nécessaire.
Le canal carpien, qu'est-ce que c'est exactement ?
Le canal carpien est un véritable tunnel situé à la face avant du poignet. Son plancher et ses parois sont formés par les petits os du poignet (les os du carpe), et son toit par un ligament épais et rigide, le ligament annulaire antérieur. Dans ce tunnel passent neuf tendons fléchisseurs des doigts… et surtout un nerf majeur, le nerf médian.
Ce nerf commande la sensibilité du pouce, de l'index, du majeur et de la moitié de l'annulaire, ainsi que certains muscles à la base du pouce. Le problème : ce tunnel est inextensible. Dès que la pression augmente à l'intérieur — par épaississement des gaines tendineuses, rétention d'eau ou modification de la forme du poignet — le nerf médian se retrouve comprimé. C'est cette compression qui produit tous les symptômes.
Les symptômes qui doivent alerter
1. Des fourmillements, surtout la nuit
C'est le signe le plus caractéristique. Des picotements, des fourmillements, une sensation de doigts « endormis » apparaissent typiquement la nuit et réveillent le patient, qui doit secouer la main ou la laisser pendre hors du lit pour être soulagé. Beaucoup de personnes vivent ainsi pendant des mois avant de consulter.
2. Un engourdissement dans des doigts précis
L'engourdissement concerne le pouce, l'index, le majeur et la moitié de l'annulaire — jamais l'auriculaire. Cette répartition très particulière est un excellent indice : si seul le petit doigt fourmille, c'est un autre nerf (le nerf ulnaire) qu'il faut explorer, et non le canal carpien.
3. Des gestes du quotidien qui se compliquent
Tenir le volant, téléphoner, lire un livre, tricoter : les positions qui maintiennent le poignet fléchi déclenchent ou aggravent la gêne. Certains patients laissent échapper leur tasse ou peinent à boutonner une chemise.
4. Une perte de force et de la maladresse
À un stade plus avancé, la pince pouce-index perd de la force et la précision diminue. Quand la compression dure depuis longtemps, les muscles de la base du pouce peuvent fondre (on parle d'amyotrophie de l'éminence thénar) : c'est un signe de gravité qui incite à ne plus attendre.
Pourquoi survient-il ? Les facteurs favorisants
Dans la majorité des cas, aucune cause unique n'est retrouvée : on parle de canal carpien « idiopathique ». Plusieurs facteurs augmentent toutefois le risque :
- Les gestes répétitifs et les vibrations professionnelles (travail à la chaîne, outils vibrants, informatique intensive) sollicitent les tendons et favorisent l'inflammation.
- La grossesse, par la rétention d'eau, donne des formes souvent transitoires qui régressent après l'accouchement.
- Certaines maladies générales : diabète, hypothyroïdie, polyarthrite rhumatoïde, insuffisance rénale.
- Les antécédents de fracture ou d'arthrose du poignet, qui modifient la géométrie du canal.
- Le terrain : l'affection est plus fréquente chez la femme et après 50 ans.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Bonne nouvelle : il n'est pas nécessaire de faire d'examen avant la première consultation. L'interrogatoire et l'examen clinique d'un chirurgien de la main orientent très largement le diagnostic. Quelques manœuvres simples au cabinet (tester la sensibilité des doigts, reproduire les fourmillements en fléchissant le poignet ou en percutant le nerf) suffisent souvent à confirmer la piste.
Un examen complète ensuite le bilan : l'électromyogramme (EMG). Cet examen mesure la vitesse de conduction du nerf médian, confirme la compression, en précise la sévérité et permet d'éliminer une autre atteinte nerveuse. Il est particulièrement utile avant d'envisager une chirurgie. Une échographie ou une radiographie peut être demandée dans certains cas, pour rechercher une cause locale.
Les traitements : du conservateur à la chirurgie
La règle reste la même qu'ailleurs en orthopédie : on commence par le moins invasif quand la situation le permet.
Le traitement médical, en première intention
Aux stades débutants, quand les symptômes sont intermittents, plusieurs mesures peuvent suffire :
- Une attelle de repos du poignet, portée la nuit, qui maintient le poignet droit et lève la pression sur le nerf.
- L'adaptation des gestes et du poste de travail pour réduire les sollicitations.
- Une infiltration de corticoïdes dans le canal, qui peut faire disparaître durablement les symptômes — un geste que nous évoquons en détail dans notre article sur les infiltrations articulaires.
Ce traitement est d'autant plus efficace que la gêne est récente. Il ne « répare » pas le canal, mais peut suffire pour des formes légères ou transitoires comme celles de la grossesse.
La chirurgie, quand la compression s'installe
La chirurgie devient l'option de référence lorsque les symptômes sont permanents, que la force ou la sensibilité diminuent, que les muscles du pouce s'affaiblissent, ou tout simplement quand le traitement médical n'a pas suffi. Elle consiste à ouvrir le ligament annulaire qui forme le toit du canal, afin de redonner de la place au nerf médian.
À l'UOA, l'intervention se réalise en ambulatoire, sous anesthésie locale ou loco-régionale, par une courte incision dans la paume ou sous endoscopie. Le geste dure une quinzaine de minutes. La main est utilisable dès le lendemain pour les activités légères, et les fourmillements nocturnes disparaissent souvent dès les premières nuits. La récupération complète de la force et de la sensibilité de la cicatrice demande quelques semaines.
Faut-il attendre ou consulter rapidement ?
Le canal carpien n'est pas une urgence, mais ce n'est pas non plus une affection à laisser traîner indéfiniment. Tant que les symptômes sont intermittents et nocturnes, le nerf récupère bien après traitement. En revanche, lorsqu'ils deviennent permanents ou que la main commence à perdre de la force, la récupération nerveuse peut rester incomplète, même après une chirurgie réussie. Consulter dès que la gêne se répète plusieurs nuits par semaine reste donc la meilleure stratégie.
Ce qu'il faut retenir
- Le syndrome du canal carpien est une compression du nerf médian au poignet, fréquente et bien prise en charge.
- Le signe d'alerte typique : des fourmillements nocturnes dans le pouce, l'index, le majeur et la moitié de l'annulaire — jamais l'auriculaire.
- Aux stades débutants, attelle de nuit, adaptation des gestes et parfois infiltration peuvent suffire.
- Quand la compression s'installe, la chirurgie — rapide, en ambulatoire — donne d'excellents résultats.
- Mieux vaut consulter tôt : un nerf comprimé depuis longtemps récupère moins bien.
- À l'UOA Bordeaux, trois chirurgiens prennent en charge la main et le poignet : Dr Benjamin Dufournier, Dr Charles Agout et Dr Clément Prenaud.
Votre main mérite
un avis spécialisé.
Consultation avec l'un de nos chirurgiens de la main, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.