Maladie d'Osgood-Schlatter,
que faire ?
Une douleur sous la rotule, une petite bosse sensible sous le genou, un adolescent sportif en pleine croissance : le tableau est classique. La maladie d'Osgood-Schlatter est fréquente et bénigne, mais elle inquiète souvent les familles. Voici les repères pour bien la comprendre et continuer à bouger.
En consultation de médecine du sport à l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, nous voyons très régulièrement des collégiens footballeurs, basketteurs ou gymnastes qui se plaignent du genou. Dans une grande partie des cas, il s'agit d'une maladie d'Osgood-Schlatter. Le mot « maladie » fait peur, à tort : c'est une souffrance passagère du cartilage de croissance, liée à l'âge et à l'activité, dont l'évolution est généralement favorable avec du temps, de la patience et une activité sportive bien adaptée.
Qu'est-ce que la maladie d'Osgood-Schlatter ?
On parle d'ostéochondrose ou d'apophysose de croissance. Elle touche la tubérosité tibiale antérieure, cette petite saillie osseuse située juste sous le genou, à l'endroit où s'attache le tendon rotulien. Chez l'enfant et l'adolescent, cette zone comporte encore un cartilage de croissance, plus fragile que l'os adulte.
Pendant la poussée de croissance, les os s'allongent vite, plus vite que les muscles et les tendons ne s'adaptent. Le quadriceps, le gros muscle de la cuisse, tire alors fortement sur son point d'attache à chaque saut, sprint, changement de direction ou frappe de balle. Ces tractions répétées irritent le cartilage de croissance, d'où la douleur et parfois l'apparition d'une bosse. Il ne s'agit ni d'une infection, ni d'une maladie grave, ni d'une lésion qui abîme durablement le genou.
Qui est concerné ?
C'est l'une des causes les plus fréquentes de douleur du genou chez l'adolescent sportif : selon les études, elle concernerait jusqu'à environ 10 % des adolescents sportifs, nettement moins chez les jeunes peu actifs. Elle apparaît typiquement entre 12 et 15 ans chez les garçons et un peu plus tôt, vers 10 à 13 ans chez les filles, dont la puberté débute plus précocement. Les deux genoux sont touchés dans 20 à 30 % des cas, pas forcément en même temps.
Les sports les plus exposés sont ceux qui associent sauts, accélérations et frappes : football, basket, handball, volley, athlétisme, gymnastique, danse ou encore rugby. Un volume d'entraînement élevé ou une augmentation brutale du nombre de séances favorise souvent le déclenchement.
Comment la reconnaître ?
La douleur siège à l'avant du genou, sous la rotule, sur la bosse du tibia. Elle est dite mécanique : elle apparaît ou augmente à l'effort (course, saut, montée des escaliers, accroupissement) et lorsqu'on appuie ou que l'on se met à genoux, puis elle se calme au repos. La bosse est souvent un peu plus saillante que du côté opposé et sensible au toucher.
En revanche, le genou lui-même n'est pas gonflé, il ne se bloque pas et ne lâche pas. C'est précisément cet ensemble de signes, retrouvé à l'examen, qui permet au médecin de poser le diagnostic.
Une variante : la maladie de Sinding-Larsen-Johansson
Quand la douleur est localisée non pas sur le tibia mais à la pointe inférieure de la rotule (la patella), à l'autre extrémité du tendon rotulien, on parle de maladie de Sinding-Larsen-Johansson. Elle relève du même mécanisme de traction sur un cartilage de croissance, touche souvent des enfants un peu plus jeunes et se prend en charge selon les mêmes principes.
Faut-il faire des examens ?
Dans la grande majorité des cas, non. Le diagnostic est clinique : l'interrogatoire et l'examen du genou suffisent. Il n'est donc pas nécessaire de réaliser une imagerie avant de consulter.
Le médecin propose une radiographie en cas de doute diagnostique ou lorsque l'évolution est inhabituellement longue. Elle permet de vérifier l'aspect de la tubérosité tibiale et d'écarter une autre cause. L'échographie peut également être informative : elle visualise le tendon rotulien, son insertion et une éventuelle bursite associée. L'IRM n'est qu'exceptionnellement utile.
Les signes qui doivent faire consulter sans attendre
Certains symptômes ne correspondent pas à une maladie d'Osgood-Schlatter et justifient un avis médical rapide : une douleur qui réveille la nuit ou persiste au repos, un genou gonflé, de la fièvre, une boiterie inexpliquée, un blocage du genou, une douleur survenue après une chute avec impossibilité d'appuyer sur la jambe, ou une douleur qui ne siège pas sur la bosse du tibia.
Que faire ? Adapter plutôt qu'arrêter
Le principe central est simple : pas de repos sportif strict dans la plupart des cas, mais une adaptation de l'activité. Arrêter totalement le sport pendant des mois n'accélère pas la guérison et prive l'adolescent des bénéfices physiques et sociaux de sa pratique. Le repos et l'adaptation de l'activité sont, en revanche, le cœur du traitement.
La douleur sert de guide. Une gêne modérée pendant l'effort, de l'ordre de 3 sur 10 au maximum, qui disparaît idéalement en fin d'effort et au plus tard le lendemain, est acceptable. Si la douleur augmente pendant la séance, fait boiter ou persiste le jour suivant, la charge doit être réduite. Concrètement, on diminue temporairement le volume des sauts, des sprints et des frappes, on peut privilégier des activités moins traumatisantes comme le vélo ou la natation, et on échange avec l'entraîneur pour ajuster les séances.
Lors d'une poussée très douloureuse, une courte pause de 1 à 3 semaines peut être proposée, avant une reprise progressive. Si la symptomatologie s'améliore, on réaugmente l'activité par paliers, en suivant les principes décrits dans notre article sur la reprise du sport après une blessure.
Quelques mesures simples soulagent : de la glace appliquée 15 minutes après l'effort (jamais directement sur la peau), des antalgiques ponctuels si besoin, une genouillère de protection pour les activités à genoux. Une bande sous-rotulienne (strap) soulage certains jeunes sportifs, sans être indispensable.
La rééducation est-elle utile ?
C'est une question très fréquente des parents. La rééducation fonctionnelle a un intérêt limité dans cette pathologie. Ce qui compte surtout, ce sont les étirements réguliers du quadriceps, des ischio-jambiers (arrière de la cuisse) et des mollets, qui diminuent la tension exercée sur l'insertion du tendon rotulien. Ces étirements doux peuvent être réalisés en autonomie, quelques minutes chaque jour, à la maison ou après l'entraînement.
Quelques séances de kinésithérapie peuvent néanmoins aider à apprendre les bons gestes, ou être utiles dans les formes qui traînent ou lorsqu'un déséquilibre musculaire marqué est constaté à l'examen.
Combien de temps cela dure-t-il ?
L'évolution est favorable dans environ 90 % des cas. Il faut toutefois prévenir les familles : la durée d'évolution est parfois longue, avec une alternance d'accalmies et de poussées, typiquement de 6 à 24 mois, parfois un peu plus. Les douleurs disparaissent en général définitivement à la fin de la croissance, quand le cartilage de croissance du tibia se ferme.
Une bosse peut rester visible à l'âge adulte, le plus souvent sans aucune gêne. Plus rarement, un petit fragment osseux isolé (ossicule) reste douloureux, notamment en position à genoux. Une prise en charge chirurgicale est alors exceptionnellement discutée, et seulement une fois la croissance terminée, en lien avec les chirurgiens de notre équipe genou.
D'autres apophysites de croissance existent chez le jeune sportif, comme la maladie de Sever au talon. Chez l'adulte, les douleurs tendineuses relèvent d'une autre logique, que nous abordons par exemple dans l'article consacré à la tendinopathie d'Achille du sportif.
Ce qu'il faut retenir
- La maladie d'Osgood-Schlatter est très fréquente et apparaît pendant la poussée de croissance, surtout chez l'adolescent sportif.
- Le diagnostic est clinique : radiographie ou échographie seulement en cas de doute ou d'évolution longue.
- Pas de repos sportif strict : on adapte l'activité en se fiant à la douleur.
- Les étirements réalisés en autonomie sont plus utiles que des séances de rééducation systématiques.
- L'évolution est généralement favorable, mais peut durer jusqu'à 2 ans.
À l'UOA, la prise en charge des jeunes sportifs s'appuie sur notre pôle de médecine ostéo-articulaire
Un genou douloureux
pendant la croissance ?
Consultation de médecine du sport avec le Dr Justine Michon, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.