Rhizarthrose,
l'arthrose du pouce
Une douleur à la base du pouce qui gêne pour ouvrir un bocal, tourner une clé ou pincer un objet : la rhizarthrose est l'une des arthroses les plus fréquentes de la main. Bien identifiée, elle se traite le plus souvent sans chirurgie — et, si l'usure est avancée, des solutions chirurgicales fiables existent.
À l'Unité Ostéo-Articulaire de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, la douleur de la base du pouce est un motif de consultation très courant en chirurgie de la main. Derrière ce symptôme se cache le plus souvent une rhizarthrose : l'arthrose de l'articulation qui relie le pouce au poignet. Elle concerne principalement les femmes après 50 ans et peut, avec le temps, limiter des gestes aussi simples que pincer, saisir ou visser. Bonne nouvelle : la prise en charge est d'abord médicale, et efficace dans une majorité de cas.
Qu'est-ce que la rhizarthrose, concrètement ?
La rhizarthrose est l'usure du cartilage de l'articulation trapézo-métacarpienne, située à la base du pouce, entre un petit os du poignet (le trapèze) et le premier métacarpien. Cette articulation est l'une des plus mobiles de la main : c'est elle qui permet au pouce de s'opposer aux autres doigts pour saisir et pincer. Cette sollicitation permanente explique en partie sa vulnérabilité à l'arthrose.
Quand le cartilage s'amincit, les surfaces osseuses finissent par frotter l'une contre l'autre. Il en résulte une douleur, une raideur et, avec l'évolution, une perte de force et parfois une déformation caractéristique de la base du pouce.
Qui est concerné ?
La rhizarthrose est l'une des localisations d'arthrose les plus fréquentes de la main. Elle touche surtout :
- Les femmes après 50 ans, en particulier après la ménopause.
- Les personnes ayant une prédisposition familiale à l'arthrose.
- Celles dont l'activité, professionnelle ou de loisir, sollicite fortement le pouce de façon répétée.
La prévalence augmente nettement avec l'âge : des signes radiologiques d'arthrose de la base du pouce se retrouvent chez une proportion importante des personnes de plus de 65 ans, même si toutes ne sont pas douloureuses. Autrement dit, une image d'arthrose sur une radio n'impose pas toujours un traitement : c'est la gêne ressentie qui guide la prise en charge.
Les signes qui doivent alerter
1. Une douleur à la base du pouce
C'est le symptôme central. La douleur siège au niveau du « creux » situé à la racine du pouce. Elle est déclenchée par les gestes de pince et de préhension.
2. Une gêne pour les gestes du quotidien
Ouvrir un bocal ou une bouteille, tourner une clé dans une serrure, essorer une éponge, écrire, boutonner un vêtement, tenir un téléphone : autant de gestes qui deviennent progressivement pénibles. Beaucoup de patients adaptent inconsciemment leurs mouvements avant même de consulter.
3. Une perte de force de la pince
La force pour pincer entre le pouce et l'index diminue. Les objets échappent plus facilement, et certains efforts (visser, porter un sac par la anse) deviennent difficiles.
4. Une raideur, surtout le matin
Une sensation de raideur au réveil, qui se « dérouille » avec les premiers mouvements, est fréquente au début de l'évolution.
5. Une déformation progressive
Aux stades avancés, la base du pouce peut se déformer (aspect « en marche d'escalier » ou en « Z »), avec une saillie visible et une perte d'ouverture de la première commissure entre le pouce et l'index.
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic de rhizarthrose est avant tout clinique. Lors de la consultation, le chirurgien de la main recherche une douleur précise à la base du pouce et réalise des tests simples (notamment un test de compression-rotation de l'articulation). Il évalue aussi la mobilité, la force et l'existence d'une éventuelle déformation.
Une simple radiographie confirme le diagnostic, précise le stade d'usure et permet de suivre l'évolution. Dans la très grande majorité des cas, aucun autre examen (échographie, scanner, IRM) n'est nécessaire. Il est fréquent de retrouver, sur le même bilan, d'autres localisations d'arthrose de la main : la rhizarthrose s'inscrit souvent dans un contexte arthrosique plus large.
Le traitement : d'abord médical
La règle est claire : on commence toujours par le traitement médical. Il soulage durablement une large majorité de patients et permet souvent de retarder, voire d'éviter, la chirurgie. Il associe plusieurs mesures complémentaires.
- L'orthèse du pouce : une attelle sur mesure ou préformée met l'articulation au repos, notamment la nuit et lors des activités douloureuses. C'est souvent le traitement le plus efficace au quotidien. Elle se porte généralement plusieurs semaines, puis à la demande selon les poussées.
- Les antalgiques et anti-inflammatoires : utilisés lors des poussées douloureuses, sous forme orale ou en application locale.
- L'adaptation des gestes : ergonomie du poste de travail, ouvre-bocaux, poignées adaptées, aide d'un ergothérapeute si besoin.
- Les infiltrations : une infiltration de corticoïde dans l'articulation peut soulager une poussée pendant plusieurs mois. Elle peut être répétée, dans une mesure raisonnable, en concertation avec votre chirurgien ou votre rhumatologue.
Vous pouvez également retrouver notre article dédié aux infiltrations articulaires pour mieux comprendre leur intérêt et leurs limites.
Quand envisager la chirurgie ?
La chirurgie n'est jamais une obligation : elle se discute lorsque le traitement médical bien conduit ne suffit plus, que la douleur reste invalidante et que la gêne fonctionnelle altère la qualité de vie. Le stade d'usure sur la radiographie, l'âge, la demande fonctionnelle et l'état osseux orientent le choix de la technique. Deux options principales existent aujourd'hui :
- La trapézectomie : elle consiste à retirer l'os usé (le trapèze). C'est une intervention éprouvée, avec un recul important, fiable pour soulager la douleur. La récupération de la force demande cependant plusieurs mois.
- La prothèse trapézo-métacarpienne : elle remplace l'articulation usée. Bien indiquée, elle permet souvent une récupération plus rapide de la mobilité et de la force. Elle nécessite un capital osseux suffisant et une usure compatible.
Les études rapportent des taux de satisfaction élevés, de l'ordre de 85 à 90 %, après ces interventions bien indiquées, essentiellement grâce à la disparition de la douleur. Aucun résultat ne peut toutefois être garanti : la récupération reste variable d'un patient à l'autre. Le choix de la technique la plus adaptée à votre situation se décide toujours au cas par cas, après examen : demandez l'avis de votre chirurgien de la main.
Après l'intervention : à quoi s'attendre
Quelle que soit la technique, une immobilisation initiale est habituelle, suivie d'une rééducation encadrée par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute. La reprise des gestes du quotidien se fait progressivement sur 2 à 3 mois, la récupération complète de la force pouvant demander plusieurs mois. Les délais dépendent de la technique choisie et de chaque patient. Un suivi régulier permet d'accompagner cette récupération.
Ce qu'il faut retenir
- La rhizarthrose est l'arthrose de la base du pouce ; elle touche surtout les femmes après 50 ans.
- Une douleur à la base du pouce lors des gestes de pince, avec perte de force, doit faire consulter.
- Le diagnostic est clinique, confirmé par une simple radiographie — sans autre examen dans la plupart des cas.
- Le traitement est d'abord médical (orthèse, antalgiques, infiltration) et soulage la majorité des patients.
- La chirurgie (trapézectomie ou prothèse) est envisagée en cas d'échec, avec des résultats fiables sur la douleur mais variables selon chaque patient.
Votre pouce mérite
un avis spécialisé.
Consultation avec l'un de nos chirurgiens de la main, à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine.